Religion

 

Le blabla ci-dessous est un horrible brouillon. On y trouve plusieurs thèmes que je projette de développer de manière plus systématique.

Un premier pas en ce sens a été la conférence que j'ai donnée aux Estivales de la question animale 2013, sous le titre «Sommes-nous les talibans de la question animale?». On trouvera ici l'enregistrement de cette conférence, avec les diapositives utilisées.

Je suis athée, c'est-à-dire que je ne crois en aucun dieu. Au-delà de cette croyance factuelle, dans le fait que les religions se trompent, j'estime aussi que les religions sont nocives et désire leur disparition. Les religions - au moins celles qui postulent l'existence d'un ou plusieurs dieux - se trompent toutes également, mais deux sont tout particulièrement nocives: le christianisme et l'islam. Je désire donc fortement les combattre, et amener leur disparition.

Cependant, la chose qui me semble la plus importante à court terme est de recadrer le débat. Aujourd'hui s'est instaurée une idée qui a pour effet à la fois de limiter le pouvoir des religions et de les protéger de la critique.

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Mais il est sans doute plus pertinent et juste de noter que je ne crois pas en Dieu, c'est-à-dire que je ne crois pas au dieu unique du christianisme, de l'islam et du judaïsme. Non que je penche vers le polythéisme, mais parce que ce sont ces trois religions, et surtout la première, sont devenues le modèle de ce qu'on appelle couramment, au moins dans le monde occidentale, une religion.

Mon idée centrale concernant les religions ne concerne cependant pas directement l'existence ou non d'un ou plusieurs dieux. Plus importantes que cela me semblent la modification des conditions dans lesquelles peuvent se faire les débats au sujet des religions. Nous devons pouvoir débattre des thèses religieuses exactement comme de n'importe quelle thèse factuelle. Si un ou plusieurs dieux existent, il s'agit d'une donnée factuelle, semblable à toute autre donnée factuelle.

Le christianisme possède de fait des spécificités que l'on attribue, à tort, à toute «religion»; lesquelles sont ainsi priées de se couler dans un moule qui en fait, en définitive, des sortes d'avatars difformes du christianisme.

La première de ces spécificités est non pas relative au contenu factuel du christianisme - l'existence d'un dieu unique créateur du monde, de son fils sauveur des âmes, etc. - mais d'ordre prescriptif. Le christianisme fait de la croyance au christianisme un impératif. Jésus sauve qui croit en lui. La foi chrétienne n'est pas une simple croyance factuelle - comme croire qu'il pleuvra, ou que l'eau est composée d'hydrogène et d'oxygène - mais inclut une idée de fidélité, d'engagement. Le chrétien non seulement croit des choses, mais se croit obligé, engagé, à les croire.

Ce fait nous semblent aller de soi, mais à la réflexion sont bien étranges. Pourtant, nous projetons le modèle chrétien sur l'ensemble des religions, et même bien au-delà. Nous parlons à propos des religions en général de confession: confession musulmane, juive, bouddhiste... La notion de confession, ou profession de foi, implique non seulement la croyance, mais la croyance en l'obligation de croire; et correspond donc à une spécificité chrétienne, spécificité partagée pleinement par l'islam (en large partie dérivé du christianisme), mais non par le judaïsme, et encore moins par d'autres religions comme le bouddhisme.

Malheureusement, la confusion entre croire et devoir croire atteint également les critiques de la religion. Exemple, la volonté de désécration d'une hostie par PZ Myers:

The Great Desecration

sorte de profession de foi à l'envers.

Il en va de même par exemple pour bien des attitudes pro-droit à avorter face aux anti-avortements: non seulement ils défendent la possibilité pour une femme d'avorter, mais ils considèrent comme scandaleuse l'opinion des opposants à l'avortement, lesquels voudraient interdire l'avortement. Au lieu de leur opposer des arguments, ils les déclarent a priori illégitimes.

Il en va de même pour certaines opinions, comme le racisme, l'antisémitisme ou encore le négationnisme: on ne les combat pas par des arguments, mais par des interdictions. L'adhésion au crédo laïc est une obligation. Caractère jugé aggravant des motivations racistes, homophobes, etc. dans un crime ou délit. Même la Shoah est jugée tout particulièrement grave, non tant en raison des souffrances et morts occasionnées, mais du fait des intentions de ses auteurs.

Caractère factuellement faux du monothéisme d'un dieu tout-puissant et bon.

Caractère nuisible de ces croyances, en fonction des actes qu'ils amènent à avoir. Nécessité de reconnaître la sincérité des tenants de ces croyances fausses. Si j'estime le christianisme hautement nuisible, et l'islam sans doute de même, je n'en reconnais pas moins la sincérité des chrétiens et des musulmans, et leur bonne volonté; et ne veux lutter contre ces croyances que dans la mesure où elles amènent ces personnes à accomplir des actes nuisibles.

Exemple a contrario de la mésinterprétation du projet d'abolition de la viande: "vous voulez imposer vos croyances à tout le monde".

La différence de nature faite entre croyance religieuse et le fait de croire, par exemple, que l'eau est H2O est l'effet de cette particularité chrétienne.


En réalité, on ne devrait pas parler du tout de religions, en général; mais plutôt, simplement de différentes opinions concernant la nature fondamentale du monde dans lequel nous vivons. En ce sens, je suis moi aussi religieux: c'est que je pense vraies certaines choses à propos de cette nature - même si par bien des aspects elle reste pour moi un grand sujet de perplexité.

Ce qui caractérise le christianisme - et l'islam, qui en est un dérivé - est non seulement les spécificités de ce qu'il affirme à propos du monde - l'existence d'un dieu unique créateur du monde, de son fils sauveur des âmes, etc. - mais aussi ce fait central qu'il fait de la croyance en la vérité de ces affirmations un impératif. Cela a été, je crois, historiquement une innovation. On ne demandait pas aux gens seulement de faire; on leur demandait de croire. C'était une attaque frontale massive contre la liberté de pensée.

Avant même d'être la croyance en quelque chose - en l'inexistence d'un dieu, par exemple - mon athéisme est le refus de considérer que ce que je crois peut être l'objet d'un impératif. Je n'ai pas de credo; je cherche ce qui est vrai, et non ce qui m'aménera à un quelconque paradis. Du moins, c'est ainsi vers cela que je veux tendre.

Une croyance erronée n'est pas en soi un mal. Elle n'est un mal que par ses conséquences éventuelles. En ce sens, si toutes les religions ont, je pense, factuellement tort, elles ne sont pas équivalentes dans leur nocivité. Je ne suis ainsi pas un militant de l'athéisme en général.

Dans cette section sur la religion, je vais détailler quelques points:

- Pourquoi je crois que les religions qui affirment l'existence d'un dieu à la fois tout-puissant et bon ont factuellement tort.

- Le caractère moralement répugnant de la dérivation couramment faite de l'éthique à partir des commandements de Dieu.

- Les caractères particuliers du christianisme.

- Il n'y a pas de différence de nature entre les «croyances religieuses» et les autres choses que l'on croit vraies - que le ciel est bleu ou que l'eau est H2O.

- Le caractère prétendument «privé» de la religion: contradiction fondamentale avec les croyances fondamentales au moins du christianisme, de l'islam et du judaïsme. Il est absurde de demander à un chrétien, tout autant qu'à un musulman, de «mettre les lois de la république au-dessus des lois de Dieu». Nécessité de chercher des accomodements.

L'égoïsme érigé en impératif (christianisme). L'antisémitisme avatar de l'antijudaïsme chrétien. Le personnalisme qui rend insoluble la question de la mort. L'exclusion obligatoire des animaux non humains.