Éthique/sentience

Éthique

La question de l'éthique est inséparable de celle de la sentience. L'éthique est la science de la réponse juste à la question «que faire?»; et cette réponse juste est entièrement dépendante des conséquences des actions envisagées du point de vue des êtres sentients potentiellement affectés. Je défends ce conséquentialisme - plus précisément le point de vue utilitariste hédoniste - dans «En défense de l'utilitarisme», article publié initialement dans les Cahiers antispecistes n°2 (1992).

Sentience

La sentience, ou sensibilité, est la capacité pour un être à ressentir les choses, à posséder une subjectivité; et en particulier, à souffrir et à jouir de la vie. Sur l'introduction du mot «sentience» dans la langue française, et le caractère central de ce concept, voir Estiva Reus, «Sentience!», Cahiers antispécistes n°26 (2005).

Éthique, sentience et le monde

Selon le point de vue de la physique d'aujourd'hui, l'éthique et la sentience sont l'une comme l'autre des objets non existants. La science actuelle en effet n'admet que des propositions dites descriptives, conçues comme non prescriptives, et un point de vue objectif, conçu comme non subjectif. Ce faisant, elle rend insoluble le problème dit «matière/esprit»; ou plutôt, le «résout» en niant l'existence de l'esprit, c'est-à-dire de la sentience, et la pertinence de l'éthique, c'est-à-dire du prescriptif.

La défense de l'idée selon laquelle les propositions prescriptives ont, comme les propositions descriptives, une valeur de vérité, c'est-à-dire qu'il peut être vrai - ou faux - que je dois faire une certaine chose, est un des thèmes centraux de mon article «Le subjectif est objectif - prendre la sensibilité au sérieux», initialement publié dans les Cahiers antispécistes n° 23 (2003) et reporté sur ce site. Le prescriptif a, selon moi, une valeur aussi forte que le descriptif; voire, représente un élément nécessaire à la fondation du descriptif. J'y argumente aussi que l'existence même d'une sentience chez un être - d'un point de vue subjectif, donc - relève elle aussi du descriptif, et est dans ce sens là un fait objectif.

L'incompatibilité entre la science physique actuelle et la prise au sérieux de la sentience et de l'éthique implique la remise en question de la première, alors que de fait, on s'appuie trop souvent sur la science, et sur cette incompatibilité, pour dénier l'existence objective de la sentience et donc vider de toute portée pratique aux préoccupations éthiques relatives aux animaux non humains. Sur ce déni, on lira l'article écrit par Estiva Reus et moi-même, «La science et la négation de la conscience animale - de l'importance du problème matière-esprit pour la cause animale», publié dans les Cahiers antispécistes n°26 (2005) (existe aussi en traduction anglaise et italienne (publiée par la revue en ligne Liberazioni)).

Il est intéressant de noter que si la sentience est aujourd'hui un non-sujet pour la plupart des scientifiques, tout comme pour la plupart des philosophes et en particulier pour ceux qui sont d'inspiration «continentale», il n'en a pas toujours été ainsi. Agnese Pignataro l'a rappelé dans son intervention de 2005 aux Estivales de la question animale, intervention publiée ultérieurement dans le numéro 26 des Cahiers antispécistes (2005) sous le titre «Le lien entre sensibilité et pensée dans la critique de l'automatisme animal de Descartes: Bayle, La Mettrie, Maupertuis».

L'utilitarisme des préférences

Notre intuition considère que c'est un mal en soi de tuer un être; voire, que la mort est le plus grand mal qu'il puisse nous arriver. La justification de ce jugement est cependant loin d'aller de soi; elle paraît en particulier impossible au sein de l'utilitarisme hédoniste, qui est la forme classique de l'utilitarisme. L'utilitarisme des préférences développé par Peter Singer peut au contraire sembler résoudre ce problème. Une discussion intéressante s'est développée sur une liste de discussion végétarienne; j'en reproduis ici l'essentiel.

L'identité personnelle

L'existence de la subjectivité implique, dira-t-on, l'existence du sujet. C'est là, je pense, une erreur fondamentale. J'ai développé cette question dans plusieurs documents: