«Sommes-nous les talibans de la cause animale?»

David Olivier

 

Je rassemble ici les éléments concernant l'intervention que j'ai faite aux Estivales de la question animale 2013 sur le sujet de l'obligation de croyance instituée depuis deux millénaires par les religions orthodoxes.

On trouvera ci-dessous le résumé préalable de l'intervention, ainsi que les diapositives que j'ai utilisées pour l'intervention et son enregistrement audio.

Résumé

Il m'est venu une idée d'intervention, qui est un peu dans la lignée de celle que j'avais faite en 2005 (http://question-animale.org/fr/ant/dem.html), mais centrée sur une question plus précise.

En deux mots: Sur la nécessité pour le mouvement de distinguer entre imposer un comportement et imposer une idée.

J'explique un peu. De façon assez systématique, déjà, lorsqu'il est question ne serait-ce que d'une journée sans viande dans les écoles, on entend tout de suite les protestations: «les végétariens veulent nous imposer leurs idées». Le problème viendrait des «talibans de la cause animale». La comparaison est faite avec les «intégristes religieux». Il est clair que si le mouvement pour l'abolition de la viande gagne en force, ce reproche sera de plus en plus insistant et central.

Or s'il est vrai que les talibans, et plus généralement au cours de l'histoire les militants religieux chrétiens et musulmans, ont cherché systématiquement à imposer en même temps leurs pratiques et leurs idées, les militants animalistes, au contraire, en voulant par exemple interdire le foie gras, cherchent à imposer seulement une pratique - qu'on ne mange plus de foie gras - avec pour effet qu'on ne fera plus souffrir plus de trente millions de canards par an. L'interdiction du foie gras n'implique pas d'imposer une opinion quelle qu'elle soit aux citoyens; ceux-ci peuvent approuver ou non cette interdiction, continuer ou non à penser que la souffrance des canards n'a aucune importance, etc.

L'affirmation selon laquelle les végétariens veulent imposer leurs idées présente cette imposition comme le but, et le végétarisme comme seulement un moyen pour atteindre ce but. Il s'agit d'un déni de la possibilité de prendre en compte réellement la souffrance animale, comme si la réduction ou l'abolition de la souffrance et de la mort de milliards d'êtres sentients dans les élevages et les abattoirs ne pouvait, même pour les militants animalistes, représenter un objectif réel; ne pouvait être qu'un moyen, l'objectif réel étant d'imposer des idées.

L'idée selon laquelle la seule chose qui importe réellement est d'imposer des idées est d'origine, je pense, chrétienne. Notre société baigne depuis deux mille ans dans ce schéma de pensée, très clairement exprimé par les premiers chrétiens. Il me semble important de revenir sur ce fait, même si cela implique d'aborder la question religieuse et de critiquer explicitement une religion particulière. Je pense que cela doit être possible aux Estivales, avec franchise et courtoisie, et sachant que les personnes en désaccord avec ce point de vue sont tout à fait en droit de s'y exprimer aussi.

Bien entendu le mouvement animaliste cherche à propager ses idées. Les antispécistes argumentent contre le spécisme, par exemple. Cela est nécessaire comme moyen, le but étant un changement effectif pour les animaux. Mais même lorsque nous aurons obtenu l'abolition de la viande, nous n'aurons imposé aucune idée; nous aurons imposé seulement une pratique.

Le mouvement animaliste doit rendre clair, aussi souvent que nécessaire, cette distinction qui nous sépare de manière nette des «intégristes religieux».

Diapositives utilisées pour l'intervention

Les diapositives de la conférence (en PDF).

Enregistrement de l'intervention

Ou télécharger le fichier audio en format OGG ou MP3 (109 Mo).

L'enregistrement dure 1h52.