Mail 12/15

Par Estiva Reus

Le vendredi, 11 fév 2005, à 18:34 Europe/Paris, Dominic.h a écrit:

Ce n'est pas vraiment pour évacuer le problème, mais plutôt pour tâcher de le comprendre. Pour ma part, je ne comprends pas bien l'expression «faire naître». C'est quoi au juste ce truc? On appuie sur un bouton? Un embryon apparaît alors dans le ventre de quelqu'un?

Aucune action d'un individu isolé ne fait naître personne. On raisonne à la marge. Du point de vue d'un décideur qui, selon ce qu'il fait, amènera ou non l'existence d'un individu de plus, toutes choses égales par ailleurs.

Ce peut être le futur papa si la future maman est consentante.Mais aussi celui qui décide de donner ou pas une maison, des allocs, un don, à un couple qui est prêt à procréer si conditions de niveau de vie sont réunies.

Celui qui décide ou non de présenter un toutou affriolant à sa poutoune en chaleur, de faire ou non des choses dans son jardin qui facilitent la nidification etc.

Si cet argument des vies possibles devient valable, alors ne sommes nous pas coupables de ne pas nous reproduire autant que possible avec autant de partenaires que possible pour donner vie à tous ces individus potentiels qui attendent d'être libérés du néant et dont les intérêts à vivre comptent donc autant que ceux des individus vivant réellement ici et maintenant? Non non non c'est trop absurde, je ne parviens pas à adhérer à ce truc... pour le moment.

Oui, ça donne ce genre de trucs. Pas la peine de te mettre à culpabiliser de suite sur le fait de ne pas avoir 15 enfants, peut-être que du point de vue de l'ensemble des animaux et en l'état actuel des choses, il vaut mieux ne pas accélérer la reproduction humaine.

Mais oui, la question est: faut-il partager avec ceux qui n'existent pas encore? Avec ceux qui n'existeront que si on décide de partager? Spontanément, on répond: bien sûr que non. Faut être givré pour sortir du néant les piques-assiettes qui abaisseront la qualité de vie des vrais vivants qui existent.

Il se trouve que, vu de plus près, la solidité des arguments en faveur du «non» devient moins évidente. Je connais un tout petit petit peu de littérature là-dessus (le peu suffit pour savoir qu'il n'y a pas que des dérangés qui se posent la question de nos devoirs envers les pique-assiettes venus du néant) mais j'ai pas encore assez cherché, et j'ai pas encore réfléchi pour avoir ma propre hop y gnon.

Si la chose a de l'importance c'est parce que, selon la réponse, les mondes qu'on jugera souhaitables (donc pour lesquels on s'efforcera d'oeuvrer) sont très différents. En simplifiant (beaucoup trop parce qu'il manque des attendus sur «mais qui donc est en train de concevoir ces mondes et de quoi est-il capable?», et d'autres attendus sur la répartition) ça donne:

- un monde à habitants très rares mais jouissant de la vie la meilleure possible, en toute sécurité, et mourant de vieillesse (en attendant la suppression de la mort et le la vieillesse...)

- un monde à habitants nombreux qui se dégradent mutuellement l'existence, mais dont la vie reste acceptable.