Mail 15/15

Par Estiva Reus

Le mercredi, 16 fév 2005, à 20:39 Europe/Paris, www.dudroitanimal.fr.st a écrit:

Pour me faire excuser de ce mail vraiment nauséabond qui n'a nullement fait avancer le schmilblik

Bonsoir Azerty,

Je ne trouve pas du tout ton mail nauséabond, au contraire, et j'ai énormément apprécié les messages que David a postés avant toi. Comme déjà dit, il ne m'est pas possible d'entrer dans le débat actuellement. Mais j'ai le sentiment que pour une fois, les choses peuvent s'engager de la meilleure façon possible pour que nous puissions espérer avancer. Cette fois, on voit qu'il ne s'agit pas de vendre sa lessive (Regan lave plus blanc que Singer, ou l'inverse). Cette fois (malgré la diversion speakeasy), le débat ne s'est pas embourbé dans la dénonciation des turpitudes supposées de tel ou tel.

On commence à mesurer que les points sur lesquels il y a incertitude ou débat ne sont pas des cas marginaux, mais concernent des actes et décisions affectant énormément d'individus. Personne ne joue au mec très fort qui a la théorie en béton qui répond à tout. Et maintenant, c'est dit, des deux côtés, qu'on a des pratiques qui ne sont pas conformes à ce qu'on dit devoir être juste, avec des débuts d'explications ou justifications à l'appui, mais qui demanderaient nettement plus d'approfondissements pour être convaincantes (mais une fois qu'on admet que l'écart est le signal d'un problème, on a le bon état d'esprit pour chercher à approfondir).

Tu dis ça aussi:

Le mercredi, 16 fév 2005, à 20:39 Europe/Paris, www.dudroitanimal.fr.st a écrit:

je pense que:

1) nous n'avons pas de devoir à faire naître qui que se soit (absurdité dérivée de la «total existence view»)

2) nous n'avons pas de devoir à rendre heureux qui que se soit

3) nous n'avons pas le Droit de nous servir d'individus sensibles* comme de simples moyens. Et ce droit ne résulte d'aucun contrat. Il n'est pas acquis.

4) Ni la préférence ni le plaisir ne sont le bien moral.

Mais était ce vraiment utile de ma part d'énoncer ces 4 points? Tout cela ne fait que renvoyer à un conflit enlisé: une théorie déontologique des individus comme valeur absolue, qu'on ne peut traiter comme de simples moyens, VERSUS une théorie utilitariste qui accepterait la négation de 1) 2) 3) et 4);

Ce conflit n'évolue pas. Mais pire encore, peut-il évoluer par nos contributions?

Je trouve également positif que tu aies conscience de ce risque de renvoyer à un conflit enlisé. Effectivement, on peut rejouer les yeux fermés la partie de ping pong où chacun connaît sa partition par coeur et celle du camp d'en face.

Mais peut-être (peut-être?) y a-t-il moyen de faire mieux. Je pense qu'il y a moyen de faire mieux justement en partant du constat que nous avons dans la pratique des raisonnements utilitaristes et déontologistes à la fois ( et d'autres qu'on ne sait pas où caser), que nous avons des «intuitions» et des «principes explicites» qui se contredisent.

Si partant de ce constat, au lieu de nous empresser de trouver l'emplâtre pour expliquer que non-non, y'a pas de problème, on peut rafistoler de façon à ce que ça reste cohérent avec la position de notre camp (et c'est sûr qu'on peut trouver l'emplâtre), on prenait au sérieux la contradiction, on cherchait de quoi elle est le symptôme, pourquoi elle existe, est-ce qu'elle désigne quelque chose de contingent à notre culture ou de plus structurel... ptet qu'on avancerait un peu. J'en sais rien, j'ai pas encore essayé.

Moi, moi, j'ai gagné le pompon de «par faire avancer le Schmilblic».