Mail 5/15

Par Azerty

Je suis assez choqué d'entendre David dire :

Il reste que fondamentalement, à un niveau théorique, je pense que tuer un chat, un cochon ou un humain sans souffrances, «par surprise», ce n'est pas un mal en soi, si cet être est remplacé par un autre tout aussi heureux.

Tuer un chat..un cochon, un humain sans souffrance ", c'est lui causer un dommage: lui enlever toutes ses perspectives, ses projets etc. Mais demandera-t-on, comme on enlève ses projets futurs, possibles, à un amas de cellule, parfois appelé "embryon"?

Non c'est plus que ca. C'est enlever un monde, c'est enlever une unité pensante qui unifie une pluralité de sensations, d'émotions... C'est enlever un pôle de représentations. C'est enlever à un être sensible ce qu'il est. Du verbe être. C'est prendre fondamentalement ce qui ne relève pas de l'"avoir", ce qui ne vous appartient pas: la vie sensible d'autrui. Tout ce qui est composé d'atomes, de molécules, peut vous appartenir dans la vie, au moins potentiellement. Vous pouvez faire des contrats faire reconnaître tel ou tel droit à la propriété privée. Travailler pour vous payer telle ou telle chose. Mais une vie sensible, constituée d'un monde de représentations qui lui est propre, cela ne s'achète pas, cela ne se possède pas. On n'a pas une vie. On est une vie. Ou du moins on a et on est une vie, en insistant bien sur le verbe être. Et fondamentalement on n'achète pas de l'être, mais de l'avoir.

C'est pour cette raison qu'on ne peut pas remplacer un être. On remplace bien une mobylette par une autre mobylette, une machine par une machine, un objet par un autre, mais pas un être bien heureux par un autre être bien heureux.. Tous ceux qui ont eu un chat savent que leur chat a une personnalité bien particulière, et qu'aucun chat ne ressemble au leur. Il y a toujours quelque chose qui diffère fondamentalement, en profondeur. Quelque chose qui n'est pas physique. Que la science, recherchant des lois de la nature, de découvrira jamais. Quelque chose d'inexplicable. Et c'est cela qui les rend si fascinants, si intéressants. Comme les autres animaux. Ceux du moins dont nous sommes capables d'observer les différences...

Bref, faire souffrir c'est causer dommage, nous sommes tous d'accord. Mais perdre la vie en tant qu'être sensible est aussi un dommage. Plus précisément, je soutiens que tous ceux qui ne suicident pas continuent de préférer la vie à la mort. Vivre avec la capacité à la sensibilité, c'est persévérer dans la vie. Oter la vie sensible c'est détruire cet effort, que cet effort soit conscient ou non. Et cela est dommageable. Au même titre qu'empécher quelqu'un qui s'efforce d'étudier. Qu'on entrave vos efforts ou qu'on supprime vos représentations, avec ou sans douleur, par surprise ou en vous ayant prévenu, c'est toujours dommageable.

Nos vies d'être sensibles sont irremplaçables. On peut remplacer un corps, greffer une main, on pourra bientôt cloner un être qui nous était cher. Mais il est évident qu'on ne le remplacera jamais, sinon par des illusions. Et c'est parce que nous sommes irremplaçables, nous autres êtres sensibles, qu'il est mal* de nous tuer, que nous soyons humains ou non.

*non pas mal dans l'absolu, mais relativement aux animaux sensibles en question.