Mail 6/15

Par Estiva Reus

Bonsoir Azerty (et liste),

Je ne fais que passer... paltan tout ça...

Ce que tu dis correspond à un fait troublant.

De façon spontanée, il me semble que tous, nous aurions du mal à considérer comme indifférent le fait de tuer quelqu'un pour le remplacer par quelqu'un d'autre.

En même temps, personne n'est fichu de sortir un argument qui se tienne pour justifier une telle position. (hormis les arguments sur les effets annexes: les mauvais penchants qu'on risque de développer si on prend l'habitude de disposer de la vie d'autrui, la douleur précédent la mort de l'occis, les effets négatifs sur ses proches).

Il s'agit bien du cas où le meurtre de A est la condition qui permet la venue au monde (ou la poursuite de la vie) de B.

Je pense que les arguments que tu dis ne sont pas convaincants c'est pas une critique méchante, je n'en connais pas de meilleurs non plus):

- Tu dis: A perd son monde, l'essentiel, ce qu'il est. Vrai. Mais c'est la condition pour que B gagne son monde, l'essentiel, ce qu'il est. Et B ne vaut pas moins que A.

- Tu dis : chaque animal est irremplaçable au sens ou "il n'a pas de pareil", il n'est pas remplaçable à l'identique. Vrai, mais il en va de même de B, dont l'irremplaçable unicité ne peut exister que grâce au meurtre de A.

Bien sûr tout ceci n'aurait aucune importance, si on ne rencontrait que des problèmes du type: faut-il tuer A pour permettre la vie de B? Tant qu'à faire, un pour un, autant suivre l'instinct qui nous dit qu'éviter le meurtre est préférable (sauf considérations supplémentaires pouvant intervenir sur les caractéristiques de A et B).

Là où ça se complique c'est dans les cas où tuer un A est la condition pour permettre l'existence de beaucoup de B. C'est le problème qui se pose dans un tas de cas où faire quelques victimes innocentes paraît un moyen efficace pour protéger davantage d'individus.

Plus précisément, je soutiens que tous ceux qui ne suicident pas continuent de préférer la vie à la mort.

Parfois j'ai l'impression qu'il y a un paquet de monde qui ne se suicide pas par pure inertie, ou à cause de devoirs envers des proches, et non parce qu'ils jugent que leur vie vaut la peine d'être vécue. Rien à voir avec ce qui précède, c'est juste une remarque qui me passe par la tête, il très possible que je me trompe, et en tout cas la conclusion n'est pas qu'il faut repérer les non-suicidés par inertie et les éliminer manu militari.

E

PS. Regrets de ne pas participer plus aux échanges sur cette liste qui sont fort intéressants depuis sa "rénovation".