Mail 7/15

Par Azerty

je pense que la critique est toujours constructive. Critiquer c'est estimer l'autre. Et par ailleurs je sais bien qu'«Estiva n'est pas une personne mal intentionnée»!

J'ai voulu dire dans mon mail précédent qu'on ne remplace pas un être irremplaçable. Même par un autre être irremplaçable qui aura lui-même une valeur infinie. On ne remplace pas l'infini par l'infini.

Autrement dit on ne fait pas des opérations sur l'infini. Dans la calculette utilitariste de la préférence, on mesure les préférences et les frustrations de préférences de tous ceux concernés par le résultat, et on en déduit quelle est la meilleure action à faire. Pour chaque préférence on tape leur intensité, par exemple +3, +5 et de même pour chaque frustration, -6, -1, on fait le solde, et on voit si ça en vaut la peine. Mais précisément il n'y a pas d'addition avec les valeurs infinies :

Je ne peux pas dire voilà j'ajoute un être infini plus un autre et encore un autre, et j'en soustrais un : infini + inifni + infini – infini= Error. Cela n'a pas de sens. La calculette utilitariste se bloque. Alors que pour le calcul des mobylettes, elle était relativement performante. Je démonte 3 vieilles mobylettes et j'en construits 1 nouvelles avec. Est-ce que ca en vaut la peine (économiquement) ? La calculette peut me le dire.

Une autre façon de dire les choses, c'est que je refuse d'entrée de rentrer dans la logique du « si A, alors B ». Cette règle est une règle de causalité, elle ne s'applique qu'aux phénomènes, aux lois de la nature, à ce qui répond à des lois donc. Pas aux êtres sensibles qui sont eux-mêmes, dans leur persévérance à vivre, leur propre cause. Ils ne dépendent pas uniquement de stimuli. Dès lors (oui on en revient sans cesse aux mêmes antinomies) on ne peut pas s'en servir comme de simples moyens. Ils valent en eux-mêmes, pour eux-mêmes, et non pas comme moyen pour les autres. Et j'ai envie de m'appuyer sur votre intuition réfléchie (ou pré-réfléchie ?), David et Estiva, car vous êtes presque d'accord, en reconnaissant respectivement :

- David : «Mais comme je préfère ne pas mettre ce point de vue en application concernant moi-même ou d'autres humains (et aurais même horreur qu'on le fasse), et que je pense que la plupart des gens ressentent cela comme moi, je pense qu'il faut étendre cette protection aussi aux animaux, au moins à ceux qui, comme les cochons et les poules, ont un minimum de conscience d'eux-mêmes dans la durée, et donc s'abstenir de les tuer»

- Estiva : «- Tant qu'à faire, un pour un, autant suivre l'instinct qui nous dit qu'éviter le meurtre est préférable (sauf considérations supplémentaires pouvant intervenir sur les caractéristiques de A et B).»

D'où vient cette préférence de David et cet instinct d'Estiva? On ne remplace pas des êtres irremplaçables par d'autres êtres irremplaçables. Le verbe «remplacer» ne convient pas, et ca n'est pas un jeu sur les mots.

Pour ce qui est de ce qu'Estiva désigne « cas où faire quelques victimes innocentes paraît un moyen efficace pour protéger davantage d'individus », peut être s'agit il des cas de « boucliers humains », et je dois dire que ces cas font, en général, peu de difficultés aux théories morales. Utilitariste, déontologique, ou autre.. Entre 2 innocents et 5 innocents, peu hésitent. (Thoreau hésite...). Il ne s'agit pas tant de se servir des uns comme de moyens au profit des autres. Ca n'est pas tant « Si A, alors B » mais plutôt « soit A soit B ». Il y a nécessité d'agir sinon tout le monde meurt. Dans ce cas spécial, le "nombre compte" comme dirait l'autre. Je ne pense donc pas que « cela se complique ».

Si par contre les « cas où faire quelques victimes innocentes paraît un moyen efficace pour protéger davantage d'individus » veut dire autre chose, je suis prêt à l'entendre...

Enfin pour terminer sur une digression, je voudrais dire que oui, c'est assez fascinant, cette possibilité que nous avons de rester en vie par devoir, parce que nous estimons devoir rester là pour d'autres personnes, etc. Mais je dirais que ce devoir est tout sauf une inertie, il est bel et bien encore affirmation de sa volonté, affirmation de la valeur, du devoir-être...